A Matignon, les élus corses réclament du 'discernement', lire l'article de Corse Matin

Table ronde : Le chef du gouvernement n'a pas répondu officiellement à cette préoccupation, mais il confirme son engagement sur le projet Galsi et sur la langue et culture corses



A Matignon, les élus corses réclament du 'discernement', lire l'article de Corse Matin
Malgré la volonté manifeste de faire un tour complet de la situation corse, la sécurité aura été, pour l'essentiel, au cœur de la « table ronde » qui s'est tenue hier matin pendent près de deux heures à Matignon. D'ailleurs, la délégation des dix élus, plus les deux préfets de l'île, n'ont vu que deux ministres attablés aux côtés du chef du gouvernement, la Garde des Sceaux Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur. « C'était une réunion républicaine d'échange, de contact, d'établissement d'un climat de confiance » a déclaré cette dernière, ce qui confirme ce que l'on pressentait déjà : aucune annonce spectaculaire émanant de François Fillon. Seulement le souci d'un partenariat État/Corse à pérenniser dans un climat d'apaisement. « Un partenariat renforcé entre une Corse qui possède les outils de son développement et un État solidaire » résume Camille de Rocca Serra, le président de l'assemblée de Corse.

Une application de la loi « sans nervosité »
Ce qui paraît important, c'est moins le courant qui s'est établi entre la délégation et François Fillon, que le consensus entre les élus eux-mêmes sur le fait que la machine policière et judiciaire ne doit plus s'emballer, comme c'est le cas actuellement. « Du discernement dans les actions policières et de la sérénité dans les décisions de justice » prône Camille de Rocca-Serra qui stigmatise notamment, au nom même du principe de la présomption d'innocence, les conditions d'incarcération de Jean-Christophe Angelini, libéré depuis, et de Raymond Ceccaldi. « La loi doit s'appliquer sans nervosité aucune » conseille, pour sa part, Émile Zuccarelli. Même unanimité sur la question épineuse du rapprochement des détenus, qu'ils soient ou non nationalistes. « On attend des réponses claires et précises à ce sujet ». Un message étant directement adressé à Rachida Dati qui, dans ce dossir, joue un peu la montre.

Projet Galsi : l'Italie et l'Algérie sont d'accord
Sur le projet du raccordement de la Corse au gazoduc Galsi, autre dossier de consensus, on progresse sur le plan diplomatique, puisque l'Italie et l'Algérie ont donné au gouvernement un accord de principe. Gaz de France doit maintenant déclencher une étude technique de faisabilité qui sera financée par l'État. C'est bien, mais ce n'est guère plus ce qu'avait promis Jacques Chirac il y a déjà deux ans. Dernier thème qui ne produit plus de controverse aujourd'hui : la langue et la culture corses. La France ne signera pas tout de suite la Charte européenne des langues minoritaires chère notamment à Paul Giacobbi, afin de ne pas compromettre la prochaine ratification du Traité simplifié. En revanche, François Fillon a pris deux engagements : d'une part, signer une convention additionnelle avec la CTC octoyant des moyens supplémentaires pour rendre plus efficace l'immersion de la langue corse dans la société insulaire, d'autre part, la tenue d'un débat à l'Assemblée nationale sur les langues régionales susceptible de déboucher sur la signature de la Charte après révision de la Constitution. Au final, ce n'est pas Byzance. Encore moins un nouveau « processus Matignon » qui se profile. Il est évident que ce n'est pas à Paris que les problèmes se régleront, mais en Corse et nulle part ailleurs.

François Fillon de retour en Corse

Cette réunion ne restera pas sans lendemain. Le Premier ministre a d'ores et déjà fait savoir qu'il reviendrait en visite officielle en Corse après les élections de mars.

Si chaque collectivité représentée à Paris a ses propres compétences, on attend de l'Etat la manifestation de son soutien sur bien des dossiers : l'environnement, l'énergie, la culture, l'agriculture. "J'ai aussi rappelé l'objectif du développement du gaz mais aussi les pôles de compétitivité. Il faut également prendre en compte la dimension sociale de nos problèmes. Je ne citerais que le différentiel des prix, une fois de plus démontré entre la Corse et le continent" ajoute Emile Zuccarelli.
Concrètement, le Premier ministre a suggéré un calendrier de trois ou quatre rencontres annuelles, à Matignon ou dans d'autres ministères, suivant le thème de travail.

Ange Santini : "Pas un processus échange utile"

Bien malgré lui, Ange Santini est à l'origine de cette réunion puisqu'elle est consécutive à l'incendie de son bureau à l'Assemblée de Corse. "Ce qu'il nous faut, commente le président de l'Exécutif territorial à la sortie, ce sont des réponses concrètes aux sujets qui font consensus". Il s'est attaché à faire partager avec le Premier ministre le sentiment de malaise et d'incompréhension qui a gagné la population insulaire sur les méthodes sécuritaires pratiquées dans l'île : "La loi républicaine doit s'appliquer en Corse comme partout ailleurs mais pas plus qu'ailleurs avec un traitement à part. Par exemple, toutes ces vagues d'interpellations aussitôt suivies de remises en liberté me conduisent à espérer moins d'excès et plus de discernement. J'ai aussi souhaité que les affaires judiciaires ne fassent désormais plus l'objet d'une délocalisation systèmatique".
Toujours sur le thème de la délocalisation, Ange Santini reconnaît que le Conseil des ministres en Corse n'a pas vraiment été une réussite "en raison de (sa) bunkérisation". Mais il est plutôt satisfait de ce large tour d'horizon à Matignon "conforme à mes attentes. Ce n'est pas le top départ d'un nouveau processus de quelque nature que ce soit, mais il est utile et constructif que les institutionnels corses puissent donner leur point de vue".

Vendredi 1 Février 2008


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