Séminaire parlementaire du 10 mai 2005 - DESSERTE AERIENNE EN CORSE



Intervention de Camille de ROCCA SERRA

Séminaire parlementaire du 10 mai 2005 - DESSERTE AERIENNE EN CORSE
Il est vrai que la Corse est un peu originale, et elle l’est aussi dans ce domaine de l’aérien, puisque nous avons quatre aéroports. Cela fait dire à certains qu’il y en a trois de trop. Alors je vais essayer de démontrer le contraire.

Le dernier aéroport de Corse a été construit dans les années 75, 79. A l’époque d’ailleurs un ancien ministre corse parlait d’un aéroport pour les chèvres, c’est Alexandre SANGUINETTI. Et aujourd’hui nous avons 400 000 passagers à peu près, enfin un peu moins de 400 000 passagers. Mais surtout ce qui c’est passé, c’est que l’on s’est aperçu que la Corse est avant tout une montagne dans la mer, et qu’un seul aéroport poserait des problèmes quant à la desserte puisque nous n’avions pas cette intermodalité des moyens de transport qui permettait que la route ou le rail puissent raccourcir des distances.

La région qui m’intéresse le plus, l’extrême sud de la Corse n’aurait jamais connu de développement sans la création de l’aéroport de Figari. Nous avions jusque dans les années 75, 80, des touristes qui arrivaient en fin de séjour à une époque où le séjour était de longue durée. C’est à dire qu’il y avait des séjours d’un mois, on venait passer tout le mois d’août. Donc à la limite lorsqu’on venait passer un mois, faire trois heures de voiture aller, trois heures de voiture retour, ça n’avait pas d’impact, c’était neutre. Par contre aujourd’hui quand on a des jours de RTT, des week-end très courts, on s’aperçoit que six heures de temps de trajet, c’est trop long. On perd de la clientèle. Grâce à cette plate forme aéroportuaire, nous sommes passés dans cette région de l’extrême sud de la Corse de 10 % de la clientèle touristique, sur l’ensemble de l’année, à 35 %. C’est à dire que l’aéroport nous a vraiment désenclavé. Et lorsqu’on est une montagne dans le mer, c’est sûr qu’il y a des infrastructures un peu plus importantes. Peut être qu’effectivement dans d’autres circonstances, avec une amélioration des réseaux routiers et ferroviaires, on aurait pu se satisfaire de deux aéroports. Mais dans les conditions que nous avions, il était indispensable d’avoir cet aéroport. Aujourd’hui d’ailleurs, lorsqu’il y a des contraintes liées à la disparition d’Air littoral, ou d’autre compagnies comme la TAT et Air liberté, on s’aperçoit que tout à coup on a une perte de clientèle parce qu’elle ne va pas forcement se déplacer sur les autres plates formes.

Parce qu’aujourd’hui on veut gagner du temps, et notamment grâce à cette plate forme de Figari, nous avons gagné une clientèle d’affaires. C’est à dire que souvent, ils viennent passer un week end en plein hiver en arrivant à 23h ou minuit le vendredi, et la possibilité de repartir le dimanche à 18h. Cela a développé énormément d’activités. 6000 résidences secondaires, à peu près, ce n’est pas rien, ça fait travailler le BTP, l’ensemble des services. On a développé des banques et l’ensemble des services liés à cette activité touristique, qui n’ont pu se développer que grâce à cette plate forme qui a son originalité et qui est au début de son développement.

Je dis bien que malheureusement en Corse, nous avons commis des erreurs. Il y a quatre plates formes aéroportuaires parce que l’on a uniformisé les moyens de transports. Notre définition du service public subventionné est aussi, je pense pénalisant. C’est à dire que le gouvernement de la République en 1976 a compris que la Corse avait vraiment un problème étant donné que c’était une île. Il fallait compenser le prix kilométrique SNCF qui n’existait pas en Corse, le prix de l’aérien étant beaucoup plus évolué. Donc on a fait au niveau du fret, pour le maritime notamment, le prix kilométrique SNCF. On a donné à la Corse une dotation financière importante de « continuité territoriale ». Malheureusement nous sommes allés à l’excès. C’est à dire que cette dotation, parce qu’il fallait la consommer, a servi à développer le service public sur toute la gamme. Le service public est devenu le seul moyen de déplacement. Donc ça exclut la forte croissance, puisqu’on veut faire jouer au service public, l’ensemble de l’activité de desserte de la Corse. Et la deuxième erreur que nous avons certainement commise, ça a été de faire rentrer dans ce service public subventionné, la ligne Paris-Corse. Je pense que de bord à bord, Nice et Marseille aurait été suffisant parce qu’effectivement, il y a un déficit qui est structurel. Par contre Paris avait une très forte rentabilité, et le fait de l’avoir peut être trop subventionné, trop intégré dans cette continuité territoriale n’a pas favorisé la diversification des plates formes, et n’a pas été attractif pour attirer davantage de compagnies. Nous sommes revenus, d’une certaine façon à une situation de monopole aujourd’hui, avec Air France et la compagnie Air Méditerranée qui ne permet pas une forte croissance. Mais comme il n’est pas interdit de mieux faire, je pense que dans l’avenir nous saurons sortir de ce système pour lui donner beaucoup plus de souplesse, et faire en sorte que les plates formes aéroportuaires aient un plus fort taux de croissance. Parce qu’autour, nous avons développé des zones d’activités. Excusez moi, mais moi j’ai connu Roissy dans le désert, lorsque c’était des champs de betteraves. J’ai fait mes études au collège de Juilly, qui est juste en bout d’une des pistes de Roissy, et j’ai connu les champs de betteraves ! On a vu une explosion, on a vu une véritable champignonnière. En Corse c’est pareil, on a, à une toute petite échelle, les quatre aéroports qui ont permis de développer des zones d’activités, notamment une technopole à Bastia. Récemment, Corse matin, c’est à dire le Nice matin édition Corse qui était produit et imprimé à Nice, s’est délocalisé en Corse. L’imprimerie est en Corse maintenant, à proximité de l’aéroport. Et je crois que nous ne sommes qu’au début de ce développement, puisque aujourd’hui la Corse est desservie à 50 % par les services maritimes. C’est l’aérien qui sera le vecteur de développement essentiel. Et nous avons aussi la possibilité d’ouvrir des lignes en dehors du service public. Je ne désespère pas que les low cost viendront, non pas sur des lignes continent-Corse, mais sur des lignes internationales. Nous avons, grâce à l’aérien, augmenté le champ de l’activité touristique, c’est à dire que nous sommes sortis d’une très forte saisonnalité, au départ juillet-août avec les gros porteurs qui étaient les bateaux, les cars-ferries. On peut organiser des séminaires et je convie tout le monde à venir en Corse, même en plein hiver, grâce aux aéroports, à ces plates formes qui ont permis de développer énormément de valeur ajoutée, d’emplois directs et indirects.

Mercredi 01 Février 2006

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